Ce compte-rendu décrit le fragment de sarcophage gallo-romain utilisé en remploi dans le mur du lavoir du Couter. Le relevé sur place a eu lieu samedi 18 novembre 2017 avec l’autorisation de la Commune.

Par : Luc Bolevy, Pierre de Laclos, Agnès Milliand.

Localisation

  • Commune de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or
  • 8 chemin du Couter
  • Parcelle : AI74
  • Coordonnées géographiques : 45.817604°N 4.822900°E
  • Cordonnées Lambert 93 : X : 841534.73 Y : 6525849.17
  • Altitude : 332 m
Localisation. Source : geoportail.fr

Environnement

D’après le cadastre napoléonien, en 1824, ce secteur à l’écart du bourg de Saint-Cyr est déjà bâti de quelques maisons éparses non attenantes.

Le lavoir est situé sur la gauche en descendant le chemin du Couter dans un secteur aujourd’hui densément bâti de maisons, la plupart en pierres dorées. Cette voie de communication correspond à l’ancien itinéraire reliant Saint-Cyr-au-Mont-d’Or à Collonges-au-Mont-d’Or (Vieux Collonges).

Cadastre napoléonien. 1824. Source : ADMR69.
Extrait de plan du chemin vicinal rural n°49, des bâtiments et du lavoir en 1876, établi en 1903 par le géomètre Nicolas Lassalle. Source : Archives communales de Saint-Cyr – 1 O 36 – Chemins ruraux n° 45 à 70.

L’alimentation en eau du lavoir est possible grâce à une source en amont donnant dans un bassin fermé par une porte métallique. Depuis cette galerie, l’écoulement a lieu par l’intermédiaire d’une rigole en pierre de taille qui dessert le lavoir. Ce dernier est sensiblement carré, trois de ses rebords sont couronnés de « plates » pour y battre le linge (longues dalles inclinées de pierre grise). Le fond du bassin est couvert de tomettes en terre cuite. Le lavoir est non couvert. Le dernier rebord est surmonté d’une longue pierre comportant plusieurs marques (BG, PP), ainsi qu’un millesime (1790).

La pierre étudiée est située dans la partie inférieure du mur séparant le lavoir de la route. La face inscrite est partiellement recouverte de terre végétale (massif de plantations). Dans le cadre de ce relevé en période automnale (absence de végétaux dans la zone de plantation), la commune de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or nous a aimablement permis de dégager légèrement la base du mur de manière à rendre plus visible la pierre en question. NB : il ne s’agit pas d’une fouille archéologique d’autant plus que la pierre est déjà une pierre de remploi dans un mur d’époque plus récente.

Description de la pierre

Ses dimensions sont de 40 cm de hauteur par 110 cm de longueur. Il s’agit d’une pierre calcaire à grains fins gris clair sans fossiles, avec un léger veinage horizontal apparent. La teinte de la pierre semble légèrement oxydée (reflets jaunes clairs). Il pourrait s’agir d’un calcaire de Fay, dit « choin ». dont les anciennes carrières s’ouvrent directement sur le lit du Rhône. A noter que la partie à l’air libre s’est davantage oxydée que la partie enterrée, la teinte de la pierre n’est pas tout à fait identique et une démarcation s’est formée au niveau de la terre du massif.

Le caractère « étranger » de cette pierre n’est pas exceptionnel pour un élément de construction gallo-romain, ceux-ci pouvaient en effet être importés et transportés par voie fluviale sur de longues distances, au même titre que d’autres marchandises.
Le reste du mur est constitué de pierres dorées (calcaire local à entroques). D’autres morceaux de choin sont présents en façade des bâtiments alentours.

Base du mur légèrement dégagée : la pierre devient plus apparente
En blanc : moellon de choin utilisé dans un bâtiment voisin.
Pierre étudiée dans le présent article

Des inscriptions en lettres capitales sont visibles sur trois lignes, ainsi qu’un bord mouluré en partie inférieure, ainsi que latéralement.

Retranscriptions des inscriptions

1ère ligne (incertaine) : -VIA-
2ème ligne : -VRAVERVN-
3ème ligne : DEDICAVERVNT

Fonction

Les moulures inférieures et latérales incitent à voir dans ce fragment une face antérieure partielle d’un sarcophage gallo-romain ou, moins probablement, un bloc qui appartenait à un tombeau monumental. Le fragment décrit ici serait donc la partie basse du sarcophage.

Des sarcophages de ce type nous sont parvenus dans leur intégralité et sont exposés au musée gallo-romain de Fourvière.

Sarcophage – musée gallo-romain de Fourvière. Le fragment étudié ici correspond à la partie encadrée en rouge.

Les expressions inscrites sur les sarcophages sont en partie stéréotypées, il est ainsi possible de les replacer dans un contexte plus global. Ainsi, le mot présent sur la 2ème ligne du bloc étudié pourrait provenir de l’expression « PONENDVM CVRAVERVNT » (ils se sont souciés d’ériger ce tombeau à leurs frais) et la 3ème ligne pourrait comporter l’expression « SVB ASCIA DEDICAVERVNT » (ils ont dédicacé [ce tombeau] sous le signe de l’ascia).

L’épitaphe se terminait par le formulaire fréquent dans la région lyonnaise sub ascia dedicavit ou dedicaverunt. Sur les monuments funéraires, aux IIe-IIIe siècles, apparaît souvent à Lyon cette mention selon laquelle le monument a été dédié « sous l’ascia » (sub ascia dedicaverunt). L’ascia est un outil antique similaire à une herminette, qui apparaît sous forme d’un dessin schématique sur les tombeaux et stèles funéraires en Gaule romaine et en Dalmatie. Aucune explication satisfaisante n’a encore été donnée de la présence de cet outil. Il devait jouer dans le rituel funéraire un rôle sans doute symbolique qui nous échappe.

Motif de l’ascia, détail de l’inscription CIL 13, 02033 – musée gallo-romain de Fourvière.

Une pierre absente de la carte archéologique du Rhône

Ce fragment de sarcophage est absent de la carte archéologique du Rhône (CAG 69/1) parue en 2006. La carte archéologique recense plusieurs découvertes confirmant l’occupation antique dans ce secteur :

  • Nervieux : un fragment d’un petit canal de répartition d’eau, quelques monnaies de Titus, un sesterce de Vespasien
  • les Auges, près de Nervieux : des cavités régulières orales creusées à mains d’hommes sur un vaste espaces rocheux (tombes?)
  • le hameau de la Chaux, à l’est de Nervieux, emplacement de l’ancienne Villa Calciensis (Xème siècle), pourrait être une ancienne métairie antique possédant un four à chaux. Dans le hameau de la chaux, en 1915 a été découverte une épitaphe gallo-romaine dédiée à Cornelia Nice et gravée sur une plaque de marbre, brisée en trois morceaux.
  • le lieu dit Mercuire, à proximité de la Chaux, est traversé par l’aqueduc romain des Monts d’Or. Ce terme qui n’est pas sans rappeler le dieu Mercure indique peut-être un lieu de culte antique.
Lieux cités dans la Carte Archéologique de la Gaule – Le Rhône. Source : Géoportail.

Le toponyme voisin « Ravenne » : une déformation de l’inscription antique ?

La rue Pasteur (ancienne Charrière de la Chanal) proche du chemin du Couter menait à la croix de Ravenne (du carrier Girard dit Raveyna). Faut-il y voir une réutilisation de la 2ème ligne de la pierre « VRAVERVN- » ?

A retenir

Nous avons constaté :

  • Il s’agit d’un seul fragment de pierre, et non de deux fragments, comme cela était initialement pressenti,
  • Le mot DEDICAVERUNT et la forme de la moulure permettent d’attester d’un fragment issu d’un sarcophage gallo-romain,
  • L’expression finale utilisée tend à dater la pierre des IIème ou IIIème siècle,
  • Le bloc de pierre étudié ne provient pas du même sarcophage que la pierre en remploi insérée dans le mur de façade de l’ancienne église de Saint-Cyr (cf article précédent), car chacun des fragments comporte le formulaire final de dédicace, et la texture comme la teinte du calcaire sont quelque peu différentes.

A la recherche des pièces manquantes…

Faute de complétude du fragment de pierre étudié, nous ne saurons ni qui était le défunt honoré, ni le nom des commanditaires de cette épitaphe. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un des plus anciens monuments de la commune, avec le fragment d’épitaphe présent en façade de l’ancienne église, décrit dans un précédent article. En dépit des efforts déployés pour expliquer cette inscription, le mystère demeure autour de cette épitaphe. Les autres fragments sont sans doute présents sur le territoire de la commune, en remploi dans des murs de bâtiments anciens. De nouvelles découvertes permettront-elles de reconstituer les éléments de ce puzzle antique ?

Remerciements

  • Marc Grivel, maire de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or
  • Anne Villard-Hertz , adjointe déléguée au patrimoine- Mairie de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or

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